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Parcours

L’enfance au Sud

Chez Lou Ciantar, on a toujours chanté. Née dans les années 60 au sein d'une famille sicilo-maltaise de Tunisie, elle grandit dans une maison où l'on rit, où l'on pleure, où l'on vit fort — et où tout, déjà, vibre en musique.

Paris, le début de l'aventure

Ses premières scènes, elle les fait à Aix-en-Provence. Puis, à 25 ans, cap sur Paris : elle intègre le Studio des Variétés, deux années de formation dédiées à l'artiste en scène et en création — l'Actors Studio de la chanson. Chant, jeu scénique, conscience corporelle, écriture, composition : c'est là qu'elle pose les fondations de son métier.

Premiers pas « en chanson »

Au sortir du Studio, dans les années 90, Lou Ciantar atteint le niveau professionnel. Elle croise la route de Patrick Sébastien, qui la produit — au même moment que Dany Boon et Dupontel — sous le pseudonyme de Christine Lou. Deux singles suivent : *Nathalie s'en fout* (1993, Sony Music) et *Ce soir* (1994, WEA). Elle a aussi la chance de travailler avec les musiciens de Michel Berger.

À 34 ans pourtant, une série de déconvenues douloureuses l'oblige à dire au revoir au métier.

Le cul entre deux chaises

Photo @ Pierrick Guidou

Tout commence par une géographie très parisienne, et très révélatrice.

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Quand Lou Ciantar débarque à Paris pour intégrer le Studio des Variétés, il existe alors deux écoles, deux chapelles presque.

D'un côté, les Ateliers de la Chanson de Paris — devenus depuis la Manufacture — censés incarner et défendre la vraie chanson française, celle du texte, de l'exigence, de la filiation avec Barbara, Brel, Ferré.

De l'autre, le Studio des Variétés, réputé former pour la chanson grand public, celle qui passe à la radio, qui remplit les salles, qui ne se prend pas pour de la littérature.

Deux écoles, deux publics, deux légitimités. Et elle, au milieu, qui n'a jamais compris pourquoi il fallait choisir.

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Lou Ciantar n'a personnellement jamais fait de différence entre ces deux courants. Pour elle, la musique crée des ponts, pas des frontières. Depuis quarante ans, son travail — son obsession, presque — consiste à rendre compatibles ces deux mondes qu'elle n'a jamais voulu opposer : la pop française qu'on appelle variétés, et la chanson française qu'on sacralise.

 

Ce travail, elle le mène depuis toujours avec son complice de toujours, Benjamin Constant. Lui façonne les sons avec une patience d'orfèvre ; elle cisèle les mots jusqu'à ce qu'ils sonnent juste. Leur gourmandise commune, c'est cet équilibre précis entre le sens, le son et l'émotion — refuser qu'aucun des trois ne prenne le pas sur les deux autres.

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C'est un pari. Et depuis quarante ans, ce pari lui vaut le même écho : le silence.

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Trop mainstream pour les puristes de la chanson française, qui flairent dans une mélodie qui groove ou un refrain qui reste en tête une concession, une facilité, presque une trahison.

Trop underground, trop exigeante, trop "écrite" pour les médias mainstream, qui cherchent des formats identifiables, des cases dans lesquelles ranger un projet avant même de l'écouter.

 

Résultat : elle n'entre dans aucune case, donc elle n'entre nulle part. Le cul entre deux chaises, et entre deux chaises, il n'y a personne pour applaudir.

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Ce n'est pas une plainte. C'est un constat, et Lou Ciantar croit qu'il mérite d'être posé clairement, parce qu'il dit quelque chose d'une industrie plus que d'un manque de talent ou de travail.

Les deux mondes — celui qui protège la chanson comme un patrimoine, celui qui la vend comme un produit — ont chacun leurs codes, leurs réseaux, leurs médias prescripteurs. Ils se pensent souvent adverses. Et un projet qui refuse cette adversité, qui tente sincèrement de tenir les deux bouts, ne rassure ni l'un ni l'autre. Il ne coche pas les bonnes cases. Il ne raconte pas l'histoire qu'on attend.

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Avec TRAVERSE, son deuxième album — quatorze chansons, toujours avec Benjamin Constant à la réalisation — elle n'a rien changé à ce pari. Elle continue de croire que chaque chanson mérite la musique qui lui ressemble, pas la musique qui rassure un genre. Elle continue de penser qu'on peut écrire juste sans renoncer à ce qui donne envie de chanter, et composer pour qu'on ait envie de chanter sans renoncer à ce qu'on a à dire.

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Quarante ans de cul entre deux chaises, ça forge une conviction : la vraie frontière n'est pas entre variétés et chanson française. Elle est entre ce qui est sincère et ce qui ne l'est pas. Tout le reste n'est qu'une question de classement.

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La reconstruction, mais jamais sans musique

Lou Ciantar retrousse ses manches. Elle reprend des études, décroche un diplôme, puis rejoint le service communication d'un grand groupe informatique, où elle restera quinze ans. Mais jamais sans la musique.

« Gourmande »

C'est pourquoi, de 2006 à 2010, parallèlement à son job en communication, Lou s’est remise à travailler sur un album « Gourmande », sous le pseudonyme de C.C.Lou, encouragée par ses  fidèles acolytes Christian Lachenal et Benjamin Constant. Grâce à Gourmande, Lou retrouve son véritable amour : la Scène. 

Sur scène

Jusqu'en 2014, Lou Ciantar multiplie premières parties, tremplins, concours et scènes solo : le Tourtour, le Sentier des Halles, le Baiser Salé, mais aussi l'Olympia (avec le Studio des Variétés), le Déjazet, le Petit Théâtre du Bonheur, le Théâtre Trévise (avec Sophie Forte), le Moulin à Jazz de Vitrolles — sans oublier de nombreux concerts en clubs et en bars (La Champmeslé, Les Jacasses, le 3W Kafé, le Petit Balcon, Le Privilège).

Ce qui compte avant tout pour elle, c'est la rencontre avec le public. Théâtre, scène ou bar : chanter, c'est créer du lien, c'est du partage, c'est du bonheur — un acte joyeux, disait Higelin. Devant 10 personnes ou 2000, c'est pareil : dans sa tête, c'est Carnegie Hall, et la scène, sa maison.

L'écriture, l'art de l'ellipse

Pour l'autrice-compositrice-interprète, écrire une chanson, c'est dire beaucoup en peu de mots.

« Lou sait créer des univers de mots où la simplicité des formules ne retranche jamais rien à leur poésie. Les textes ne s'écartent jamais des thématiques existentielles qu'elle explore avec une gourmandise qu'elle nous fait partager dans ses deux albums *Gourmande* et *Traverse*. Plaisir des mots, des caresses, des vies que nous traversons, la nôtre et celle des autres. Tout est beau chez Lou Ciantar, jusqu'à la tristesse. » — Archibald Ploom, *Chronique Culture

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Si Lou nous ressemble, c'est, comme elle l'écrit elle-même, pour mieux nous rassembler. Elle parle de ses maux avec drôlerie (*TQSDV*), humanité (*QQPF*), délicatesse et sensibilité (*One Life*, *Traverse*, *Géants*, *Mamma*, *Enfants aux cheveux blancs*), intensité légère (*Papillons*, *Joie*, *Matin sans le dire*), et n'hésite pas à prendre position sur des sujets sensibles (*Plaidoyer*) — tout cela pleinement assumé, car *J'assume tout* : la vie, c'est tout ça à la fois. Sa maturité décomplexée libère son écriture, qu'elle laisse s'égarer avec délice dans les abîmes des souffrances narcissiques du monde occidental et la phobie du temps qui passe.

TRAVERSE — nouvel album, sorti le 13 février 2026

TRAVERSE raconte nos traversées. 14 chansons, poétiques, légères ou engagées, qui puisent leur force dans l'expérience de la vie, la résilience et la joie de vivre. Elles parlent des chemins qui nous font grandir, de ce qui nous blesse, de ce qui nous révèle... et de ce qui nous invite à chercher notre juste — jusqu'au jour où tout s'éclaire, à la rencontre de « soi-m'aime ».

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14 chansons, quatre mouvements :

  • Le monde** — *QQPF (Qu'est-ce qu'on peut faire ?)*, *Plaidoyer*. Un regard sur le monde qui refuse l'indifférence.

  • Le cœur** — *One Life*, *Matin sans le dire*, *TQSDV (Tant qu'on se disait vous)*, *Mamma*. L'amour sous toutes ses formes : de soi, qui demeure, qui fait sourire, qui se tait, d'une mère.

  • La liberté** — *J'assume tout*, *Papillons*, *Joie*, *RNR (Rock'n'Roll)*. La liberté d'assumer, de sourire, de dire oui à la vie... et aussi de savoir dire non.

  • Le temps et la transmission** — *Traverse*, *Enfants aux cheveux blancs*, *Géants*. Un hommage à celles et ceux qui nous construisent, et un regard sur le temps qui passe — non comme un renoncement, mais comme une promesse de vivre intensément jusqu'au bout.

  • Et puis, *Love Affair* : un clin d'œil, un sourire. La traversée continue... Alors dansons.

Photo @ Pierrick Guidou

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